Chaque année, en novembre et décembre, les steppes d’Asie centrale sont le théâtre d’un spectacle biologique extraordinaire : le rut du saïga. Cette période d’accouplement est l’un des événements les plus intenses de la vie de l’espèce — et l’un des plus dangereux pour les mâles.
Quand commence le rut ?
Le rut du saïga débute généralement en novembre et dure environ trois à quatre semaines. Son déclenchement est lié à la diminution de la durée du jour (photopériode), qui stimule la production d’hormones sexuelles chez les mâles.
Les températures sont déjà froides à cette période, mais cela ne freine en rien l’activité des mâles, qui deviennent extrêmement mobiles et agressifs.

La formation des harems
Le système d’accouplement du saïga est de type polygyne : un seul mâle dominant s’accouple avec de nombreuses femelles. Ces regroupements de femelles autour d’un mâle sont appelés harems.
Un mâle peut constituer un harem de 5 à 50 femelles selon sa capacité à défendre son territoire et à attirer les reproductrices. Il passe l’essentiel de son temps à surveiller ses femelles, à repousser les mâles rivaux et à s’accoupler — laissant très peu de temps pour se nourrir.
Cette stratégie de reproduction concentre l’effort génétique sur un petit nombre de mâles dominants, ce qui peut fragiliser la diversité génétique des populations si trop peu de mâles survivent à la saison.

Les combats entre mâles
Pour accéder aux femelles, les mâles s’affrontent. Ces combats peuvent être violents : poussées frontales, coups de cornes, morsures. Ils peuvent aboutir à des blessures graves, voire à la mort de l’un des deux combattants.
Les mâles produisent également des vocalises intenses — une sorte de grognement grave et rythmé — et sécrètent des phéromones puissantes via leurs glandes nasales et préorbitales. Ces signaux chimiques et sonores jouent un rôle important dans l’attraction des femelles et la dissuasion des rivaux.
Une période dévastatrice pour les mâles
Le rut est physiquement dévastateur pour les mâles. Pendant plusieurs semaines, ils ne mangent presque pas, courent sans cesse, combattent et s’accouplent. Ils perdent une grande partie de leur masse corporelle.
À la fin du rut, beaucoup de mâles sont dans un état d’épuisement extrême. L’hiver qui suit est souvent fatal aux individus les plus affaiblis. La mortalité masculine post-rut est un phénomène bien documenté chez le saïga : dans certaines populations, la majorité des mâles adultes meurent avant le printemps.
C’est pourquoi les populations de saïgas comptent souvent beaucoup plus de femelles que de mâles — un déséquilibre accentué par les menaces notamment braconnage ciblant spécifiquement les mâles pour leurs cornes.

L’accouplement et la fécondation
Une fois le harem constitué, le mâle s’accouple successivement avec les femelles réceptives. La fécondation est interne. Les femelles gestantes entament alors une gestation d’environ cinq mois, qui les conduira jusqu’à la mise bas du printemps suivant.
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